Aéroport Poitiers-Biard

Aéroport Poitiers-Biard

N° 165 (2018-0673) : Gestion du syndicat mixte de l’aéroport de Poitiers Biard (CF)

Le coût

On nous demande de nous prononcer sur le protocole de sortie de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de la Vienne dans le syndicat mixte de l’aéroport Poitiers Biard. La CCI sort n’ayant plus les moyens d’assumer une telle charge qui est à ce jour de 760 000 euros annuels pour chacun des partenaires du syndicat qui sont Grand Poitiers, la CCI et le Département de la Vienne. La Région Nouvelle-Aquitaine a indiqué ne pas vouloir se substituer à la CCI dans le syndicat. Donc, en 2020 ce sera 760 000 euros à répartir entre ceux qui reste et assumer en plus la participation que l’État ne mettra plus sur la ligne OSP Poitiers-Lyon. Le désengagement progressif financier de l’État sur cette ligne a été annoncée depuis plus de 6 ans et aujourd’hui nous demandons de combien sera la participation de l’État dans ce syndicat.

Alors on entend ici ou là : « on est à la recherche de partenaires même privé », à un moment donné, il a été question de faire payer les EPCI limitrophes de Grand Poitiers et la recette a été très maigre. Personne ne veut payer pour cet aéroport.

Ça c’est pour le coût. Cela va avoir un impact très important dans le budget de Grand Poitiers qui est, du fait de la contractualisation avec l’État de contention des dépenses de fonctionnement plus que ric rac. La somme consacrée à l’aéroport se fait ainsi au détriment d’autres politiques publiques. 

L’impact économique 

Je suis élue depuis 2008 et depuis 10 ans donc, j’entends sans cesse dès qu’il s’agit de l’aéroport des incantations comme « c’est indispensable pour notre territoire », « ça y est, on a changé de partenaires et là ça va marcher, on va atteindre les 200 000 passagers ». C’était le credo lorsque la gestion a été concédée à Vinci, « un vrai professionnel de la gestion aéroportuaire, et tatati et tatata ».

Aujourd’hui les ambitions sont un peu retombées et on entend qu’il faudra atteindre 170 000 passagers. Tout cela n’est que blabla. La fréquentation de l’aéroport est astable autour de 100 000 passagers si l’on est honnête et que l’on ne compte pas les passagers qui sont montés dans l’avion à la Rochelle et qui passe par Poitiers pour aller à Lyon.

Nous pensons que le bilan strictement économique de cet aéroport n’est pas positif.

Et il n’y a pas que nous qui le disons. Je citerai seulement la Chambre Régionale des Comptes dans son rapport de décembre 2017 sur le Département de la Vienne.

« L’impact de l’aéroport sur le tourisme d’affaires n’est pas documenté avec davantage de précision. Bien que l’avion soit le seul mode de transport, à ce stade, permettant d’assurer un aller/retour entre Poitiers et Lyon dans la journée dans de bonnes conditions, justifiant ainsi le maintien jusqu’en 2019 dans le cadre d’une obligation de service public d’une liaison régulière transversale La Rochelle –Poitiers- Lyon, il n’est pas certain, eu égard à la fréquentation en 2015 de 17 000 passagers de cette ligne depuis Poitiers, que son existence soit décisive pour les décideurs économiques ; le département étant par ailleurs bien desservi par le TGV, notamment, depuis le 1er juillet 2017, avec Paris et Bordeaux à moins de deux heures de trajet de la ville de Poitiers. Le Département indique dans sa réponse aux observations provisoires de la chambre que le syndicat mixte, propriétaire de l’équipement aéroportuaire, a diligenté en 2017 un sondage auprès des passagers britanniques de l’aéroport afin d’évaluer les retombées économiques de ce trafic pour la Vienne. Selon le Département, « les premiers résultats à partir d’une consultation de 196 personnes permettent d’évaluer les retombées économiques à 7,5 M€ pendant la période d’avril à juin 2017 ». L’absence de production d’éléments probants ne permet cependant pas à la chambre de juger de la fiabilité de cette étude tant au niveau méthodologique que des conclusions qui en sont tirées. Aucune statistique ou étude du gestionnaire de l’aéroport et des exploitants des sites touristiques ne vient cependant corroborer de façon précise et incontestable l’apport de l’aéroport à l’économie touristique de la Vienne »

On peut également citer le « Rapport sur le maillage aéroportuaire français » de janvier 2017 réalisé par la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC). La mission recommande que toute aide publique destinée à un aéroport soit précédée par une solide analyse économique visant à établir une perspective réaliste du trafic en rapport avec la dotation envisagée et à l’inscrire dans une complémentarité locale excluant tout préjudice à un aéroport voisin. C’est ce même message que la mission souhaite adresser à la fois aux exploitants d’aéroports, aux compagnies aériennes et aux collectivités locales, en insistant sans doute sur l’indispensable exigence d’anticipation au regard des impératifs d’une gestion rigoureuse, soucieuse de l’économie de moyens : les financements des aéroports et des compagnies aériennes sur fonds publics ne peuvent être qu’exception et non la règle.

Besoin de transparence

Une étude a été faite par le syndicat nous avons demandé à ce que le conseil en soit destinataire mais vous nous avez répondu Monsieur le Président que c’était au Président du Département de s’exprimer.  Nous ne pouvons nous satisfaire de ces rideaux de fumée.

N’avez-vous pas votre propre position sur le sujet ?

Y a-t-il un lien de subordination entre ces deux exécutifs ? Le Département et Grand Poitiers sont partenaires dans ce syndicat. Grand Poitiers doit avoir sa propre position et elle doit émaner de son Conseil et non de son seul Président.

Ne pas vouloir apparaître comme lucide et affirmer que cet aéroport ne correspond plus à un besoin sur le territoire, qu’il est ruineux, qu’il est maintenu sous perfusion depuis des années, que les moyens pour qu’il se dynamise sont disproportionnés par rapport aux retombées économiques attendues serait faire preuve de courage politique.

L’économie mais aussi l’écologie et le social

De plus, tout le monde s’accorde sur le fait que ces contributions publiques sont en majorité utiles pour permettre le bénéfice toujours plus flamboyant de la compagnie low-cost Ryanair dont la sensibilité sociale est connue de tous.  Personne dans cette assemblée ne la cautionne et pourtant la valide en votant la contribution.

En termes écologiques enfin, consacrer 760 000 euros par an pour émettre combien de gaz à effet de serre ? Est-ce bien pertinent alors que cet argent serait si utile pour conduire une politique de mobilité utile à tous les habitants de Grand Poitiers, ligne de bus plus régulière ou autre.

Si nous voulons agir pour le climat il est temps d’arrêter la parlotte et de prendre des décisions conformes.

Conseil GP du 7/12 – RN 147 et Aéroport Poitiers-Biardhttps://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2018/12/RN147-scénarios-aménagements-1024x704.jpghttps://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2018/12/RN147-scénarios-aménagements-150x150.jpg SecretariatOzons ActualitésConseil communautaire
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</p> <h1 style="text-align: justify;">Aéroport Poitiers-Biard</h1> <p style="text-align: justify;"><strong><a href="https://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2018/12/Délibération-n°165-conseil-GP-du-7.12.2018.pdf" target="_blank" rel="noopener">N° 165 (2018-0673) : Gestion du syndicat mixte de l'aéroport de Poitiers Biard (CF)</a></strong></p> <p style="text-align: justify;"><strong>Le coût</strong></p> <p style="text-align: justify;">On nous demande de nous prononcer sur le protocole de sortie de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de la Vienne dans le syndicat mixte de l’aéroport Poitiers Biard. La CCI sort n’ayant plus les moyens d’assumer une telle charge qui est à ce jour de 760 000 euros annuels pour chacun des partenaires du syndicat qui sont Grand Poitiers, la CCI et le Département de la Vienne. La Région Nouvelle-Aquitaine a indiqué ne pas vouloir se substituer à la CCI dans le syndicat. Donc, en 2020 ce sera 760 000 euros à répartir entre ceux qui reste et assumer en plus la participation que l’État ne mettra plus sur la ligne OSP Poitiers-Lyon. Le désengagement progressif financier de l’État sur cette ligne a été annoncée depuis plus de 6 ans et aujourd’hui nous demandons de combien sera la participation de l’État dans ce syndicat.</p> <p style="text-align: justify;">Alors on entend ici ou là : « on est à la recherche de partenaires même privé », à un moment donné, il a été question de faire payer les EPCI limitrophes de Grand Poitiers et la recette a été très maigre. Personne ne veut payer pour cet aéroport.</p> <p style="text-align: justify;">Ça c’est pour le coût. Cela va avoir un impact très important dans le budget de Grand Poitiers qui est, du fait de la contractualisation avec l’État de contention des dépenses de fonctionnement plus que ric rac. La somme consacrée à l’aéroport se fait ainsi au détriment d’autres politiques publiques.<strong> </strong></p> <p style="text-align: justify;"><strong>L’impact économique</strong><strong> </strong></p> <p style="text-align: justify;">Je suis élue depuis 2008 et depuis 10 ans donc, j’entends sans cesse dès qu’il s’agit de l’aéroport des incantations comme « c’est indispensable pour notre territoire », « ça y est, on a changé de partenaires et là ça va marcher, on va atteindre les 200 000 passagers ». C’était le credo lorsque la gestion a été concédée à Vinci, « un vrai professionnel de la gestion aéroportuaire, et tatati et tatata ».</p> <p style="text-align: justify;">Aujourd’hui les ambitions sont un peu retombées et on entend qu’il faudra atteindre 170 000 passagers. Tout cela n’est que blabla. La fréquentation de l’aéroport est astable autour de 100 000 passagers si l’on est honnête et que l’on ne compte pas les passagers qui sont montés dans l’avion à la Rochelle et qui passe par Poitiers pour aller à Lyon.</p> <p style="text-align: justify;">Nous pensons que le bilan strictement économique de cet aéroport n’est pas positif.</p> <p style="text-align: justify;">Et il n’y a pas que nous qui le disons. Je citerai seulement la Chambre Régionale des Comptes dans son rapport de décembre 2017 sur le Département de la Vienne.</p> <p style="text-align: justify;"><em>« L’impact de l’aéroport sur le tourisme d’affaires n’est pas documenté avec davantage de précision. Bien que l’avion soit le seul mode de transport, à ce stade, permettant d’assurer un aller/retour entre Poitiers et Lyon dans la journée dans de bonnes conditions, justifiant ainsi le maintien jusqu’en 2019 dans le cadre d’une obligation de service public d’une liaison régulière transversale La Rochelle –Poitiers- Lyon, il n’est pas certain, eu égard à la fréquentation en 2015 de 17 000 passagers de cette ligne depuis Poitiers, que son existence soit décisive pour les décideurs économiques ; le département étant par ailleurs bien desservi par le TGV, notamment, depuis le 1<sup>er</sup> juillet 2017, avec Paris et Bordeaux à moins de deux heures de trajet de la ville de Poitiers. Le Département indique dans sa réponse aux observations provisoires de la chambre que le syndicat mixte, propriétaire de l’équipement aéroportuaire, a diligenté en 2017 un sondage auprès des passagers britanniques de l’aéroport afin d’évaluer les retombées économiques de ce trafic pour la Vienne. Selon le Département, « les premiers résultats à partir d’une consultation de 196 personnes permettent d’évaluer les retombées économiques à 7,5 M€ pendant la période d’avril à juin 2017 ». L’absence de production d’éléments probants ne permet cependant pas à la chambre de juger de la fiabilité de cette étude tant au niveau méthodologique que des conclusions qui en sont tirées. Aucune statistique ou étude du gestionnaire de l’aéroport et des exploitants des sites touristiques ne vient cependant corroborer de façon précise et incontestable l’apport de l’aéroport à l’économie touristique de la Vienne »</em></p> <p style="text-align: justify;">On peut également citer le « Rapport sur le maillage aéroportuaire français » de janvier 2017 réalisé par la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC). La mission recommande que toute aide publique destinée à un aéroport soit précédée par une solide analyse économique visant à établir une perspective réaliste du trafic en rapport avec la dotation envisagée et à l’inscrire dans une complémentarité locale excluant tout préjudice à un aéroport voisin. C’est ce même message que la mission souhaite adresser à la fois aux exploitants d’aéroports, aux compagnies aériennes et aux collectivités locales, en insistant sans doute sur l’indispensable exigence d’anticipation au regard des impératifs d’une gestion rigoureuse, soucieuse de l’économie de moyens : les financements des aéroports et des compagnies aériennes sur fonds publics ne peuvent être qu’exception et non la règle.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Besoin de transparence</strong></p> <p style="text-align: justify;">Une étude a été faite par le syndicat nous avons demandé à ce que le conseil en soit destinataire mais vous nous avez répondu Monsieur le Président que c’était au Président du Département de s’exprimer.  Nous ne pouvons nous satisfaire de ces rideaux de fumée.</p> <p style="text-align: justify;">N’avez-vous pas votre propre position sur le sujet ?</p> <p style="text-align: justify;">Y a-t-il un lien de subordination entre ces deux exécutifs ? Le Département et Grand Poitiers sont partenaires dans ce syndicat. Grand Poitiers doit avoir sa propre position et elle doit émaner de son Conseil et non de son seul Président.</p> <p style="text-align: justify;">Ne pas vouloir apparaître comme lucide et affirmer que cet aéroport ne correspond plus à un besoin sur le territoire, qu’il est ruineux, qu’il est maintenu sous perfusion depuis des années, que les moyens pour qu’il se dynamise sont disproportionnés par rapport aux retombées économiques attendues serait faire preuve de courage politique.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>L’économie mais aussi l’écologie et le social</strong></p> <p style="text-align: justify;">De plus, tout le monde s’accorde sur le fait que ces contributions publiques sont en majorité utiles pour permettre le bénéfice toujours plus flamboyant de la compagnie low-cost Ryanair dont la sensibilité sociale est connue de tous.  Personne dans cette assemblée ne la cautionne et pourtant la valide en votant la contribution.</p> <p style="text-align: justify;">En termes écologiques enfin, consacrer 760 000 euros par an pour émettre combien de gaz à effet de serre ? Est-ce bien pertinent alors que cet argent serait si utile pour conduire une politique de mobilité utile à tous les habitants de Grand Poitiers, ligne de bus plus régulière ou autre.</p> <p style="text-align: justify;">Si nous voulons agir pour le climat il est temps d’arrêter la parlotte et de prendre des décisions conformes.</p>