Intervention des élu-e-s Osons Poitiers, écologique, sociale, solidaire et citoyenne sur la mise en place des dispositifs de vidéosurveillance place Leclerc, place de Gaulle, place de Provence et place Coïmbra (délibération n°32) lors du Conseil municipal du lundi 4 avril 2016.

On nous dit qu’il n’y en a pas beaucoup, que ce sera encadré, que c’est peu en regard de toutes celles que l’on trouve dans les surfaces commerciales, dans les bus, dans les parkings, à la médiathèque ou à la gare… Et pourtant, j’ai vu les simulations, les mâts qui seront dressés aux Couronneries, tout autour du marché, les caméras aux quatre coins de la place d’Armes, et ça me fait frémir. Des regards, sans visage derrière, glaçants sous lesquels il faudra désormais tous les jours passer, symbole de notre renoncement à construire notre vie ensemble sur l’empathie et la confiance a priori. Chaque jour, le rappel que mon concitoyen est un danger potentiel et que je délègue le regard porté sur lui à une autorité qui nous dépasse en espérant qu’elle n’échappe jamais à notre contrôle.

Le maire a dit qu’il ne voulait pas que la sécurité soit un enjeu politique, nous lui disons, nous, qu’il faut cesser de mettre nos libertés en jeu !

Et d’abord en regardant les raisons invoquées d’un tel renoncement de la part d’une équipe qui n’a pas toujours dit la même chose, à commencer par le Maire lui-même. Des plaintes de commerçants, ça c’est pour les Couronneries, les récents attentats, ça c’est pour le Centre-Ville. Et dans l’un et l’autre cas, la même question : que prétend-on régler par 24 caméras de plus ? Nous voilà à nouveau en présence d’une forte incitation de l’État à développer le recours à la vidéosurveillance alors même que, dans l’espace public, elle n’a pas fait l’objet, en France, d’évaluations scientifiques. Les rares conclusions dont nous disposons en la matière concluent toutes sur l’effet quasi-nul de la vidéosurveillance en termes de prévention (rapport de la Cour des Comptes, par exemple) et si on prend les conclusions d’un des rares scientifiques à s’être penché sur une étude de cas, on aboutit au même point. Laurent Mucchielli du laboratoire de sociologie de l’Université de Marseille s’est penché depuis plusieurs années sur le cas d’une ville moyenne du Languedoc (Cahiers de la Fonction publique) équipée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. Son étude montre que cela n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance. Elle illustre également le phénomène de déplacement des problèmes comme ce sera le cas aux Couronneries où nous ne doutons pas que les trafics constatés par les commerçants continueront plus loin hors de l’œil des caméras. L’étude reconnaît enfin que si la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire existe, elle reste marginale. Au final, la vidéosurveillance n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. Et si cette technologie a du succès, selon l’auteur, c’est qu’elle constitue une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.

Rappelons-nous enfin que si les délinquants savent éviter l’identification et si les kamikazes s’en moquent, une caméra dans l’espace public, c’est pour le citoyen un espace de liberté en moins, c’est la possibilité, par exemple,  de mettre la manifestation, légitime, sous surveillance, c’est un nouvel outil massif de fichage et donc de domination potentielle.

Nous disons donc qu’il est inutile d’ajouter 24 caméras de plus aux 250 caméras déjà recensées sur des bâtiments et des équipements publics ; à toutes celles qui suréquipent la gare et les transports et font de tous nos déplacements l’objet de surveillance, à toutes celles que nous voudrions voir disparaître. Nous disons qu’il faut se méfier de cette fuite en avant qui, pour ne prendre qu’un exemple, celui de Vitalis, a installé d’abord des caméras dans les bus les préférant à la présence humaine,  a continué par en mettre dans les dépôts pour finir par les bureaux, maintenant ainsi toute l’entreprise sous surveillance.  Nous disons qu’il vaut mieux conserver les contrôleurs dans les TER, ce que certaines régions, avec le concours de la SNCF,  ont décidé d’abandonner, plutôt que de truffer les gares et les quais de caméras. Nous disons qu’il faut prendre garde à ne pas installer une infrastructure qui peut nous échapper dès lors que les intentions de ceux qui sont aux manettes ne sont plus les mêmes : posons-nous la question de l’utilisation de ce dispositif si Monsieur Verdin s’assoit un jour dans le fauteuil du Maire.

Le dernier mot sera pour le coût : beaucoup trop cher, 350 000 euros auxquels s’ajoute la maintenance. Une somme qu’il faudrait investir dans l’humain, la médiation de rue, par exemple. Et je résisterai à l’ironie facile en mettant face à face le haut niveau de sécurité voulu par Monsieur le Maire et construit en partie sur cet équipement et le haut niveau de service pour le bus qui voit ce haut niveau s’arrêter de l’autre côté d’un viaduc sans doute trop cher pour les solutions qu’il offre. Beaucoup trop cher enfin si on considère que c’est le prix de la substitution du regard qui tisse le lien social par cet œil technologique qui institue la défiance comme règle de fonctionnement de l’espace public. Le meilleur moyen de lutter contre la peur, c’est encore de sentir ensemble, d’éprouver cette solidarité qui nous rend plus fort, ce n’est pas d’amener chacun à considérer l’autre comme une menace. 24 caméras, c’est cher mais pauvre en espérance et riche de danger : c’est le prix d’une vitrine de luxe et pour une sécurité dont on sait qu’elle se construit ailleurs.

Intervention sur la vidéosurveillance le 4 avril 2016https://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/04/P_20160404_182923-1024x576.jpghttps://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/04/P_20160404_182923-150x150.jpg SecretariatOzons Conseil municipalInterventions
Intervention des élu-e-s Osons Poitiers, écologique, sociale, solidaire et citoyenne sur la mise en place des dispositifs de vidéosurveillance place Leclerc, place de Gaulle, place de Provence et place Coïmbra (délibération n°32) lors du Conseil municipal du lundi 4 avril 2016. On nous dit qu’il n’y en a pas beaucoup,...
<p style="text-align: justify;"><strong>Intervention des élu-e-s Osons Poitiers, écologique, sociale, solidaire et citoyenne sur la m</strong><strong>ise en place des dispositifs de vidéosurveillance place Leclerc, place de Gaulle, place de Provence et place Coïmbra (délibération n°32) lors du Conseil municipal du lundi 4 avril 2016. </strong></p> <p style="text-align: justify;">On nous dit qu’il n’y en a pas beaucoup, que ce sera encadré, que c’est peu en regard de toutes celles que l’on trouve dans les surfaces commerciales, dans les bus, dans les parkings, à la médiathèque ou à la gare… Et pourtant, j’ai vu les simulations, les mâts qui seront dressés aux Couronneries, tout autour du marché, les caméras aux quatre coins de la place d’Armes, et ça me fait frémir. Des regards, sans visage derrière, glaçants sous lesquels il faudra désormais tous les jours passer, symbole de notre renoncement à construire notre vie ensemble sur l’empathie et la confiance a priori. Chaque jour, le rappel que mon concitoyen est un danger potentiel et que je délègue le regard porté sur lui à une autorité qui nous dépasse en espérant qu’elle n’échappe jamais à notre contrôle.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Le maire a dit qu’il ne voulait pas que la sécurité soit un enjeu politique, nous lui disons, nous, qu’il faut cesser de mettre nos libertés en jeu !</strong></p> <p style="text-align: justify;">Et d’abord en regardant les raisons invoquées d’un tel renoncement de la part d’une équipe qui n’a pas toujours dit la même chose, à commencer par le Maire lui-même. Des plaintes de commerçants, ça c’est pour les Couronneries, les récents attentats, ça c’est pour le Centre-Ville. Et dans l’un et l’autre cas, la même question : que prétend-on régler par 24 caméras de plus ? Nous voilà à nouveau en présence d’une forte incitation de l’État à développer le recours à la vidéosurveillance alors même que, dans l’espace public, elle n’a pas fait l’objet, en France, d’évaluations scientifiques. Les rares conclusions dont nous disposons en la matière concluent toutes sur l’effet quasi-nul de la vidéosurveillance en termes de prévention (rapport de la Cour des Comptes, par exemple) et si on prend les conclusions d’un des rares scientifiques à s’être penché sur une étude de cas, on aboutit au même point. Laurent Mucchielli du laboratoire de sociologie de l’Université de Marseille s’est penché depuis plusieurs années sur le cas d’une ville moyenne du Languedoc (Cahiers de la Fonction publique) équipée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. Son étude montre que cela n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance. Elle illustre également le phénomène de déplacement des problèmes comme ce sera le cas aux Couronneries où nous ne doutons pas que les trafics constatés par les commerçants continueront plus loin hors de l’œil des caméras. L’étude reconnaît enfin que si la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire existe, elle reste marginale. Au final, la vidéosurveillance n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. Et si cette technologie a du succès, selon l’auteur, c’est qu’elle constitue une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.</p> <p style="text-align: justify;">Rappelons-nous enfin que si les délinquants savent éviter l’identification et si les kamikazes s’en moquent, une caméra dans l’espace public, c’est pour le citoyen un espace de liberté en moins, c’est la possibilité, par exemple,  de mettre la manifestation, légitime, sous surveillance, c’est un nouvel outil massif de fichage et donc de domination potentielle.</p> <p style="text-align: justify;">Nous disons donc qu’il est inutile d’ajouter 24 caméras de plus aux 250 caméras déjà recensées sur des bâtiments et des équipements publics ; à toutes celles qui suréquipent la gare et les transports et font de tous nos déplacements l’objet de surveillance, à toutes celles que nous voudrions voir disparaître. Nous disons qu’il faut se méfier de cette fuite en avant qui, pour ne prendre qu’un exemple, celui de Vitalis, a installé d’abord des caméras dans les bus les préférant à la présence humaine,  a continué par en mettre dans les dépôts pour finir par les bureaux, maintenant ainsi toute l’entreprise sous surveillance.  Nous disons qu’il vaut mieux conserver les contrôleurs dans les TER, ce que certaines régions, avec le concours de la SNCF,  ont décidé d’abandonner, plutôt que de truffer les gares et les quais de caméras. Nous disons qu’il faut prendre garde à ne pas installer une infrastructure qui peut nous échapper dès lors que les intentions de ceux qui sont aux manettes ne sont plus les mêmes : posons-nous la question de l’utilisation de ce dispositif si Monsieur Verdin s’assoit un jour dans le fauteuil du Maire.</p> <p style="text-align: justify;">Le dernier mot sera pour le coût : beaucoup trop cher, 350 000 euros auxquels s’ajoute la maintenance. Une somme qu’il faudrait investir dans l’humain, la médiation de rue, par exemple. Et je résisterai à l’ironie facile en mettant face à face le haut niveau de sécurité voulu par Monsieur le Maire et construit en partie sur cet équipement et le haut niveau de service pour le bus qui voit ce haut niveau s’arrêter de l’autre côté d’un viaduc sans doute trop cher pour les solutions qu’il offre. Beaucoup trop cher enfin si on considère que c’est le prix de la substitution du regard qui tisse le lien social par cet œil technologique qui institue la défiance comme règle de fonctionnement de l’espace public. Le meilleur moyen de lutter contre la peur, c’est encore de sentir ensemble, d’éprouver cette solidarité qui nous rend plus fort, ce n’est pas d’amener chacun à considérer l’autre comme une menace. 24 caméras, c’est cher mais pauvre en espérance et riche de danger : c’est le prix d’une vitrine de luxe et pour une sécurité dont on sait qu’elle se construit ailleurs.</p>