Délibération n°94 (2016-0455) : Cession de l’ancien Théâtre

Nous avons gagné et vous avez perdu. Les juges nous ont donné raison, ont annulé votre décision de vendre le théâtre. Aujourd’hui, vous vous entêtez, remettez l’ouvrage sur le métier en restant sourd au sens de leur décision, à nos appels de dialogue. Et vous allez même jusqu’à essayer de faire croire que cet échec est une victoire mais, sur ce chapitre, nous vous laisserons débattre avec votre conception de la vérité.

Venons-en à ce que vous nous proposez ce soir. Cette délibération nous est présentée comme une régularisation, et renvoie les débats à ceux du conseil municipal du 23 septembre 2013. Choisir une telle présentation, c’est ignorer l’histoire et c’est défier la justice. Ignorer l’histoire car trois ans se sont passés entre la décision prise par une ancienne équipe municipale et celle que l’on demande de prendre à la nouvelle équipe. Et dans ces trois ans, bien des arguments utilisés pour justifier cette vente se sont trouvés contestés par les faits. Nous y reviendrons mais nous comprenons donc que nous ne pouvons délibérer valablement sur la seule base d’une régularisation formelle.

C’est aussi défier la justice : se planter devant une cour d’appel de la République et lui dire dans les yeux comme nous avons vu votre conseil le faire à Bordeaux : « de toute façon, quelle que soit votre décision, elle est inutile, nous prendrons une délibération dans la foulée  pour en annuler l’effet », faire cela, c’est faire preuve d’une telle arrogance que les juges eux-mêmes, visiblement, en ont été ébranlés. La justice a parlé et malgré toutes les déclarations du maire qui disait attendre sa décision pour la respecter, elle n’a pas été entendue et sa parole est complètement négligée.alain-claeys_maire-de-poitiers

Car que dit la justice ? Elle ne demande certainement pas que l’on repasse une délibération sans donner de réponse à la question qu’elle pose et qui est une question de fond. La décision du 23 septembre 2013 a été prise sans que les conseillers municipaux aient été complétement et correctement informés. Ça c’est ce qui est acté. La question est donc : la décision aurait-elle été la même si l’information avait été complète ? Ça, c’est la question à laquelle il reste à répondre.

Le choix fait aujourd’hui de régulariser sans revenir sur le fond du dossier, de ne pas regarder en face le sens de ce jugement est pour nous d’une grande gravité. Nous risquons de perdre un théâtre nécessaire à la ville, un monument essentiel à la mémoire, un lieu d’émancipation par la culture sur un tour de passe-passe. Je pense aux petites salles aménagées dans les granges, à ces petits théâtres qui font tant pour notre cohésion, pour notre élévation : aux Granges Aux Loups, aux Grange aux Chansons, au théâtre de la Taupanne, au Théâtre au Clain. Quand je les vois tous, aujourd’hui, tous ces artistes, ces militants associatifs, ces citoyens animés du désir de faire vivre, dans des circonstances de plus en plus difficiles, le spectacle vivant, avec des bouts de ficelles, animés souvent de leur seule volonté, je me dis qu’on n’a pas le droit de condamner à la destruction un tel lieu sans  aller au bout du débat, sans ouvrir aucun dialogue, en confisquant les données nécessaires à la prise de décision.

Que nous proposez-vous comme éléments sur lesquels appuyer notre décision ? Deux documents. Le premier, présenté comme toujours valable aujourd’hui, est l’autorisation de changement d’affectation de la salle de spectacle délivrée par la ministre de la culture, Aurélie Fillipetti, le 14 février 2014. C’est-à-dire environ cinq mois après le vote de la vente du théâtre, en contradiction totale avec l’ordonnance de 45 qui demande à ce que cette autorisation soit accordée préalablement. L’esprit de cette ordonnance ? Eviter que des lieux de spectacle ne soient supprimés contre les intérêts de la population et donc soumettre toute demande de déclassement à un avis autorisé afin que les délibérants puissent prendre une décision qui ne soit pas contraire aux intérêts de ceux qu’ils représentent. Or que lisons-nous dans la lettre de la ministre ? Qu’elle fait état des regrets des membres de la commission de déclassement  quant à la disparition de cette salle de spectacle. Une phrase que le rapporteur public de la cour administrative d’appel de Bordeaux a soulignée dans son rapport, s’interrogeant publiquement sur le fait que la connaissance de ces circonstances aurait pu modifier la décision des conseillers de 2013.

Pourquoi ne joignez-vous pas à la délibération d’aujourd’hui, le rapport de la commission de déclassement sur lequel la ministre fonde ses regrets ? Je peux répondre à cette question : dans le compte-rendu de ladite commission, on peut lire à peu de chose près, l’argumentaire que nous développons inlassablement depuis les trois ans et demi, presque 4 qu’a commencé notre mobilisation. Outre le fait que le projet de la ville, jugé mal ficelé, mal argumenté, a été renvoyé une première fois se faire une toilette avant décision, il a fini par être repoussé par 8 voix contre 4, un avis défavorable étant prononcé. A quels motifs ? Aux motifs que « le théâtre est utilisable en l’état, et que si Poitiers est bien équipé en espaces labellisés, les artistes ont besoin d’un espace dans l’hyper centre » (M. Fouqueray, acteurs) ; « des artistes interprètes seraient prêts à la reprendre », (Mme Gonzalès, acteurs) ; « un théâtre en hyper centre est très important pour le lien que ça crée avec la cité » (M. Jerôme, directeur) ; « un lieu de vie, de proximité, pour la création, c’est essentiel » (Mme Cossin, directrice). Je pourrai continuer à lire, à dire cette synthèse d’un des membres de la commission qui insiste sur le fait qu’on ne peut « décider ainsi à la légère la disparition d’un volume de spectacle qu’il ne sera pas possible de reconstruire ensuite. » A lire que ce lieu n’est pas en contradiction avec le Tap, ni avec les salles des maisons de quartier. Ces professionnels savent bien le nombre de ceux qui ne savent où répéter ni où diffuser et que l’on retrouve dans des abris de fortune s’ils ont la chance de ne pas disparaître.

intervention-jacques-arfeuillere-au-conseil-du-5-decembre-2016Pour tous ces motifs, et en développant l’argument de  « ne pas transformer l’essentiel des volumes de cet édifice en commerces et bureaux pour préserver le patrimoine architectural », comme l’a rappelé le rapporteur public, à Bordeaux, la commission s’est prononcée contre.

Nous pouvons penser que la ministre n’a pris une décision contraire à l’avis de la commission que sous la pression des faits : la décision de vente étant votée, elle n’a sans doute pas voulu la contredire. Vous nous présentez ce soir, comme Deus ex machina, une confirmation de la ministre d’aujourd’hui. Outre le fait que celle-ci n’a pas été portée à la connaissance des conseillers municipaux en temps et en heure pour que l’on considère que ça fait de l’information nécessaire à leur prise de position, nous disons que cette confirmation pose le même problème que l’autorisation d’Aurélie Filippeti. Nous aussi, nous avons écrit à la nouvelle ministre. Nous lui avons écrit pour lui demander de reconsidérer à la lumière de  ce jugement, cette autorisation. Et nous pensons que vous auriez dû appuyer cette démarche et ne pas vous contenter de vous abriter derrière une décision obtenue de manière irrégulière. Le moins que vous auriez pu faire, nous le répétons, c’était d’informer nos collègues ici présents des circonstances qui ont entraîné l’octroi de cette autorisation dont nous contestons aujourd’hui qu’elle soit toujours valable.

Le second document est l’avis des Domaines dont vous nous dites qu’une jurisprudence vous permet de le conserver sans demander une nouvelle évaluation du bien. Nous lisons bien cependant dans votre document que « l’évaluation correspond à la valeur vénale de 2013, et qu’une nouvelle consultation du domaine serait nécessaire si l’opération n’était pas réalisée dans le délai d’un an. » Cela fait trois ans, et le compromis de vente n’a jamais été signé. Cette observation est pourtant raisonnable, le marché a changé en trois ans, de nouveaux éléments d’appréciation sont apparus, en particulier concernant le théâtre lui-même.  Doit-on rappeler qu’il y a eu deux évaluations du bien en deux ans ayant déjà conclu à des prix très différents (la deuxième d’ailleurs ne tenant pas compte des 70 000 euros de ravalement de façade engagés par la ville). Donc après trois ans, on peut légitimement penser que la conclusion serait encore très différente. On peut ajouter que les travaux en cours sur le verre de Pansart peuvent contribuer à valoriser le bien. Enfin, il existe une circulaire sur les biens atypiques qui contredit la jurisprudence à laquelle vous vous référez et sur laquelle nous comptons bien nous appuyer.

Là encore, donc,  nous pensons que passer aussi légèrement sur cet aspect de la vente n’est ni conforme à l’esprit de la justice, ni conforme aux intérêts de la collectivité. Et nous appuyant sur les conclusions du rapporteur public qualifiant de troublantes nos constations sur la modicité de cette évaluation et regrettant dans le même paragraphe que nous n’ayons pu fournir d’expertise du bien (je le précise parce que nous n’en avons pas les moyens), nous vous demandons de surseoir à une nouvelle décision qui se prendrait sur des bases à l’évidence contestables. Nous demandons, pour que les conseillers puissent se prononcer sur des bases fiables, que la mairie commande une expertise du bien avant de revenir devant nous avec une nouvelle demande de décision de vente. Et nous faisons nous-mêmes ce travail d’information de nos collègues, qui je le rappelle, ne sont pas ceux qui ont pris la décision de 2013 : vendre au prix annoncé équivaut à vendre à environ 200 euros le m² un bâtiment dans l’hyper-centre quand, dans le même temps le m² de place de parking situé en face, au Printemps, s’échange à 1335 euros (acte de vente conclu pour l’achat de 9 places de parkings, 176, 5 m² en sous-sol) et que le m² des appartements du Printemps, s’est négocié autour de 4000 euros.

le-theatre-de-poitiersNous voudrions enfin revenir, comme je l’annonçais au début de cette intervention, sur l’histoire de votre projet et de notre mobilisation. Trois ans depuis la décision de vendre, trois ans qui ont considérablement changé la donne. D’abord parce qu’il ne fait plus de doute, dans l’esprit de personne, que ce théâtre est un trésor patrimonial qu’il faut conserver en l’état : je ne citerai pas une nouvelle fois tous ceux qui dans le monde des historiens de l’art ont reconnu sa valeur de témoignage d’une architecture des salles de spectacles du XXème aujourd’hui en voie de disparition. Un article du bulletin monumental, des soutiens de nombre de personnalités, la Speff et Patrimoine Environnement requérant avec le collectif de défense dans les procédures, en sont la preuve. Il est encore temps de renoncer à sa destruction et d’en faire un outil d’attraction touristique comme a pu le faire la ville de Châtellerault quand ils se sont enfin résolus à reconnaitre la valeur patrimoniale du théâtre Blossac.

Ensuite parce que l’action du collectif mettant en chantier un projet alternatif de théâtre ouvert, non concurrent de ce que peut faire la scène nationale du Tap, mais  permettant aux danseurs, gens de théâtre et musiciens de diffuser et de répéter, aux amateurs et aux scolaires de trouver un lieu d’activités, a fait apparaître un besoin que l’équipement disponible à Poitiers ne permet pas de couvrir.

Parce que, par ailleurs, le projet que nous nommons alibi culturel de la destruction du théâtre (la « salle d’arts visuels le Miroir ») a, lui aussi, évolué. De la somme annoncée, modique, sensée coûter peu au poitevin, il est passé à une ligne budgétaire de 2 millions dont nous ne parvenons, pas, d’ailleurs, à savoir ce qu’elle recouvre en termes de travaux, sinon que ces millions d’euros concernent essentiellement des parties en sous-sol et dont la valeur est quasi nulle à la revente. Ce que nous savons, en tout cas, et son promoteur, Monsieur Dorchies ne dit pas le contraire quand il dit son bonheur de pouvoir un jour offrir un espace d’exposition qui permette de se concentrer sur de petits objets dans de petits espaces, c’est que cette salle projetée coûte bien cher pour un piètre résultat quand on songe à tout ce que l’avenir nous ouvre de possibilité du côté du Palais Comtal.

Enfin, ce qui a changé aussi, c’est que, alors que vous pariiez sur un essoufflement de la mobilisation, celle-ci a tenu, s’est suffisamment renforcée pour être là, intacte trois ans plus tard, forte des 8000 signataires de notre pétition, pour avoir pu remporter cette victoire qui met en question votre décision. le-theatre-nest-pas-a-vendre

Vous devez comprendre aujourd’hui que cette décision n’est pas légitime. En demander à nouveau la validation, sans reprendre le débat, en vous entêtant à ne pas engager le dialogue est contraire à la décision de la cour d’appel et à ce qu’elle représente. C’est un renoncement à construire une démocratie vivante, une démocratie qui sait remettre en question un projet qui, à l’évidence,  ne convient pas.

Votre projet coûte cher : voilà qui répond à ceux qui nous rétorquent que nous ne sommes pas raisonnables ; votre projet passe par la destruction d’un théâtre nécessaire à la ville : voilà qui répond à ceux qui disent qu’il était devenu inutile ; votre projet détruit le dernier témoignage des œuvres de Lardillier et donc une richesse patrimoniale dont Poitiers a besoin : voilà qui répond à ceux qui ne voyaient pas en 2013 son intérêt architectural.  Beaucoup, dans cette assemblée devraient revoir leur position d’alors et voter dans leur âme et conscience en fonction de ce qu’ils savent aujourd’hui et non plus seulement par discipline de groupe.

Cette assemblée, ce soir, d’ailleurs, n’est pas plus informée que ne le fut celle de 2013. Elle l’est moins puisque vous n’avez pas voulu lui poser la question sur le fond. Si vous n’acceptez pas de surseoir pour engager les démarches que nous vous demandons, pour attendre également que toutes les procédures soient achevées, ce qui serait plus que raisonnable, nous attaquerons à nouveau cette délibération. Et ce n’est pas de l’entêtement de notre part : notre combat est celui de la préservation d’un théâtre dont Poitiers a besoin, d’une œuvre nécessaire au patrimoine de la ville. L’entêtement est de votre côté : ça fait trois ans qu’un peu de cette culture  vivante dont nous avons tant besoin a trouvé porte close.  Nous irons jusqu’à l’ouverture de cette porte et jusqu’à la renaissance de cette scène.

 

Intervention de Jacques Arfeuillère sur le théâtre de Poitiers (5/12/2016)http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/Le-theatre-nest-pas-à-vendre.jpghttp://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/Le-theatre-nest-pas-à-vendre.jpg SecretariatOzons ActualitésConseil municipal
Délibération n°94 (2016-0455) : Cession de l'ancien Théâtre Nous avons gagné et vous avez perdu. Les juges nous ont donné raison, ont annulé votre décision de vendre le théâtre. Aujourd’hui, vous vous entêtez, remettez l’ouvrage sur le métier en restant sourd au sens de leur décision, à nos appels de...
<strong><a href="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/délibération-n°94.pdf">Délibération n°94 (2016-0455) : Cession de l'ancien Théâtre</a></strong> <p style="text-align: justify;"><strong>Nous avons gagné et vous avez perdu</strong>. Les juges nous ont donné raison, ont annulé votre décision de vendre le théâtre. Aujourd’hui, vous vous entêtez, remettez l’ouvrage sur le métier en restant sourd au sens de leur décision, à nos appels de dialogue. Et vous allez même jusqu’à essayer de faire croire que cet échec est une victoire mais, sur ce chapitre, nous vous laisserons débattre avec votre conception de la vérité.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Venons-en à ce que vous nous proposez ce soir. Cette délibération nous est présentée comme une régularisation, et renvoie les débats à ceux du conseil municipal du 23 septembre 2013.</strong> Choisir une telle présentation, c’est ignorer l’histoire et c’est défier la justice. Ignorer l’histoire car trois ans se sont passés entre la décision prise par une ancienne équipe municipale et celle que l’on demande de prendre à la nouvelle équipe. Et dans ces trois ans, bien des arguments utilisés pour justifier cette vente se sont trouvés contestés par les faits. Nous y reviendrons mais nous comprenons donc que nous ne pouvons délibérer valablement sur la seule base d’une régularisation formelle.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>C’est aussi défier la justice</strong> : se planter devant une cour d’appel de la République et lui dire dans les yeux comme nous avons vu votre conseil le faire à Bordeaux : <em>« de toute façon, quelle que soit votre décision, elle est inutile, nous prendrons une délibération dans la foulée  pour en annuler l’effet</em> », faire cela, c’est faire preuve d’une telle arrogance que les juges eux-mêmes, visiblement, en ont été ébranlés. La justice a parlé et malgré toutes les déclarations du maire qui disait attendre sa décision pour la respecter, elle n’a pas été entendue et sa parole est complètement négligée.<img class="wp-image-27949 alignright" src="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/Alain-Claeys_Maire-de-Poitiers.jpg" alt="alain-claeys_maire-de-poitiers" width="344" height="258" /></p> <p style="text-align: justify;">Car que dit la justice ? Elle ne demande certainement pas que l’on repasse une délibération sans donner de réponse à la question qu’elle pose et qui est une question de fond. La décision du 23 septembre 2013 a été prise sans que les conseillers municipaux aient été complétement et correctement informés. Ça c’est ce qui est acté. La question est donc : la décision aurait-elle été la même si l’information avait été complète ? Ça, c’est la question à laquelle il reste à répondre.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Le choix fait aujourd’hui de régulariser sans revenir sur le fond du dossier, de ne pas regarder en face le sens de ce jugement est pour nous d’une grande gravité.</strong> Nous risquons de perdre un théâtre nécessaire à la ville, un monument essentiel à la mémoire, un lieu d’émancipation par la culture <strong>sur un tour de passe-passe</strong>. Je pense aux petites salles aménagées dans les granges, à ces petits théâtres qui font tant pour notre cohésion, pour notre élévation : aux Granges Aux Loups, aux Grange aux Chansons, au théâtre de la Taupanne, au Théâtre au Clain. Quand je les vois tous, aujourd’hui, tous ces artistes, ces militants associatifs, ces citoyens animés du désir de faire vivre, dans des circonstances de plus en plus difficiles, le spectacle vivant, avec des bouts de ficelles, animés souvent de leur seule volonté, je me dis qu’on n’a pas le droit de condamner à la destruction un tel lieu sans  aller au bout du débat, sans ouvrir aucun dialogue, en confisquant les données nécessaires à la prise de décision.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Que nous proposez-vous comme éléments sur lesquels appuyer notre décision ? Deux documents. Le premier, présenté comme toujours valable aujourd’hui, est l’autorisation de changement d’affectation de la salle de spectacle délivrée par la ministre de la culture, Aurélie Fillipetti, le 14 février 2014.</strong> C’est-à-dire environ cinq mois après le vote de la vente du théâtre, en contradiction totale avec l’ordonnance de 45 qui demande à ce que cette autorisation soit accordée préalablement. L’esprit de cette ordonnance ? Eviter que des lieux de spectacle ne soient supprimés contre les intérêts de la population et donc soumettre toute demande de déclassement à un avis autorisé afin que les délibérants puissent prendre une décision qui ne soit pas contraire aux intérêts de ceux qu’ils représentent. Or que lisons-nous dans la lettre de la ministre ? Qu’elle fait état des regrets des membres de la commission de déclassement  quant à la disparition de cette salle de spectacle. Une phrase que le rapporteur public de la cour administrative d’appel de Bordeaux a soulignée dans son rapport, <strong>s’interrogeant publiquement sur le fait que la connaissance de ces circonstances aurait pu modifier la décision des conseillers de 2013</strong>.</p> <p style="text-align: justify;">Pourquoi ne joignez-vous pas à la délibération d’aujourd’hui, le rapport de la commission de déclassement sur lequel la ministre fonde ses regrets ? Je peux répondre à cette question : dans le compte-rendu de ladite commission, on peut lire à peu de chose près, l’argumentaire que nous développons inlassablement depuis les trois ans et demi, presque 4 qu’a commencé notre mobilisation. Outre le fait que le projet de la ville, jugé mal ficelé, mal argumenté, a été renvoyé une première fois se faire une toilette avant décision, il a fini par être repoussé par 8 voix contre 4, un avis défavorable étant prononcé. A quels motifs ? Aux motifs que « le théâtre est utilisable en l’état, et que si Poitiers est bien équipé en espaces labellisés, les artistes ont besoin d’un espace dans l’hyper centre » (M. Fouqueray, acteurs) ; « des artistes interprètes seraient prêts à la reprendre », (Mme Gonzalès, acteurs) ; « un théâtre en hyper centre est très important pour le lien que ça crée avec la cité » (M. Jerôme, directeur) ; « un lieu de vie, de proximité, pour la création, c’est essentiel » (Mme Cossin, directrice). Je pourrai continuer à lire, à dire cette synthèse d’un des membres de la commission qui insiste sur le fait qu’on ne peut « décider ainsi à la légère la disparition d’un volume de spectacle qu’il ne sera pas possible de reconstruire ensuite. » A lire que ce lieu n’est pas en contradiction avec le Tap, ni avec les salles des maisons de quartier. Ces professionnels savent bien le nombre de ceux qui ne savent où répéter ni où diffuser et que l’on retrouve dans des abris de fortune s’ils ont la chance de ne pas disparaître.</p> <p style="text-align: justify;"><img class="wp-image-27947 alignleft" src="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/intervention-jacques-arfeuillère-au-conseil-du-5-décembre-2016.jpg" alt="intervention-jacques-arfeuillere-au-conseil-du-5-decembre-2016" width="394" height="295" />Pour tous ces motifs, et en développant l’argument de  « ne pas transformer l’essentiel des volumes de cet édifice en commerces et bureaux pour préserver le patrimoine architectural », comme l’a rappelé le rapporteur public, à Bordeaux, la commission s’est prononcée contre.</p> <p style="text-align: justify;">Nous pouvons penser que la ministre n’a pris une décision contraire à l’avis de la commission que sous la pression des faits : la décision de vente étant votée, elle n’a sans doute pas voulu la contredire. Vous nous présentez ce soir, comme Deus ex machina, une confirmation de la ministre d’aujourd’hui. Outre le fait que celle-ci n’a pas été portée à la connaissance des conseillers municipaux en temps et en heure pour que l’on considère que ça fait de l’information nécessaire à leur prise de position, nous disons que cette confirmation pose le même problème que l’autorisation d’Aurélie Filippeti. Nous aussi, nous avons écrit à la nouvelle ministre. Nous lui avons écrit pour lui demander de reconsidérer à la lumière de  ce jugement, cette autorisation. <strong>Et nous pensons que vous auriez dû appuyer cette démarche et ne pas vous contenter de vous abriter derrière une décision obtenue de manière irrégulière</strong>. Le moins que vous auriez pu faire, nous le répétons, c’était d’informer nos collègues ici présents des circonstances qui ont entraîné l’octroi de cette autorisation dont nous contestons aujourd’hui qu’elle soit toujours valable.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Le second document est l’avis des Domaines </strong>dont vous nous dites qu’une jurisprudence vous permet de le conserver sans demander une nouvelle évaluation du bien. Nous lisons bien cependant dans votre document que « l’évaluation correspond à la valeur vénale de 2013, et qu’une nouvelle consultation du domaine serait nécessaire si l’opération n’était pas réalisée dans le délai d’un an. » Cela fait trois ans, et le compromis de vente n’a jamais été signé. Cette observation est pourtant raisonnable, le marché a changé en trois ans, de nouveaux éléments d’appréciation sont apparus, en particulier concernant le théâtre lui-même.  Doit-on rappeler qu’il y a eu deux évaluations du bien en deux ans ayant déjà conclu à des prix très différents (la deuxième d’ailleurs ne tenant pas compte des 70 000 euros de ravalement de façade engagés par la ville). Donc après trois ans, on peut légitimement penser que la conclusion serait encore très différente. On peut ajouter que les travaux en cours sur le verre de Pansart peuvent contribuer à valoriser le bien. Enfin, il existe une circulaire sur les biens atypiques qui contredit la jurisprudence à laquelle vous vous référez et sur laquelle nous comptons bien nous appuyer.</p> <p style="text-align: justify;">Là encore, donc,  nous pensons que passer aussi légèrement sur cet aspect de la vente n’est ni conforme à l’esprit de la justice, ni conforme aux intérêts de la collectivité. Et nous appuyant sur les conclusions du rapporteur public qualifiant de troublantes nos constations sur la modicité de cette évaluation et regrettant dans le même paragraphe que nous n’ayons pu fournir d’expertise du bien (je le précise parce que nous n’en avons pas les moyens), <strong>nous vous demandons de surseoir à une nouvelle décision qui se prendrait sur des bases à l’évidence contestables.</strong> Nous demandons, pour que les conseillers puissent se prononcer sur des bases fiables, que la mairie commande une expertise du bien avant de revenir devant nous avec une nouvelle demande de décision de vente. Et nous faisons nous-mêmes ce travail d’information de nos collègues, qui je le rappelle, ne sont pas ceux qui ont pris la décision de 2013 : vendre au prix annoncé équivaut à vendre à environ 200 euros le m² un bâtiment dans l’hyper-centre quand, dans le même temps le m² de place de parking situé en face, au Printemps, s’échange à 1335 euros (acte de vente conclu pour l’achat de 9 places de parkings, 176, 5 m² en sous-sol) et que le m² des appartements du Printemps, s'est négocié autour de 4000 euros.</p> <p style="text-align: justify;"><strong><img class="wp-image-27948 alignright" src="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/le-théâtre-de-Poitiers.jpg" alt="le-theatre-de-poitiers" width="437" height="328" /></strong><strong>Nous voudrions enfin revenir, comme je l’annonçais au début de cette intervention, sur l’histoire de votre projet et de notre mobilisation.</strong> Trois ans depuis la décision de vendre, trois ans qui ont considérablement changé la donne. <strong>D’abord parce qu’il ne fait plus de doute, dans l’esprit de personne, que ce théâtre est un trésor patrimonial</strong> qu’il faut conserver en l’état : je ne citerai pas une nouvelle fois tous ceux qui dans le monde des historiens de l’art ont reconnu sa valeur de témoignage d’une architecture des salles de spectacles du XXème aujourd’hui en voie de disparition. Un article du bulletin monumental, des soutiens de nombre de personnalités, la Speff et Patrimoine Environnement requérant avec le collectif de défense dans les procédures, en sont la preuve. Il est encore temps de renoncer à sa destruction et d’en faire un outil d’attraction touristique comme a pu le faire la ville de Châtellerault quand ils se sont enfin résolus à reconnaitre la valeur patrimoniale du théâtre Blossac.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Ensuite parce que l’action du collectif mettant en chantier un projet alternatif de théâtre ouvert, non concurrent de ce que peut faire la scène nationale du Tap, mais  permettant aux danseurs, gens de théâtre et musiciens de diffuser et de répéter, aux amateurs et aux scolaires de trouver un lieu d’activités, a fait apparaître un besoin</strong> que l’équipement disponible à Poitiers ne permet pas de couvrir.</p> <p style="text-align: justify;">Parce que, par ailleurs, le projet que nous nommons alibi culturel de la destruction du théâtre (la « salle d’arts visuels le Miroir ») a, lui aussi, évolué. <strong>De la somme annoncée, modique, sensée coûter peu au poitevin, il est passé à une ligne budgétaire de 2 millions</strong> dont nous ne parvenons, pas, d’ailleurs, à savoir ce qu’elle recouvre en termes de travaux, sinon que ces millions d'euros concernent essentiellement des parties en sous-sol et dont la valeur est quasi nulle à la revente. Ce que nous savons, en tout cas, et son promoteur, Monsieur Dorchies ne dit pas le contraire quand il dit son bonheur de pouvoir un jour offrir un espace d’exposition qui permette de se concentrer sur de petits objets dans de petits espaces, c’est que cette salle projetée coûte bien cher pour un piètre résultat quand on songe à tout ce que l’avenir nous ouvre de possibilité du côté du Palais Comtal.</p> <p style="text-align: justify;"><strong>Enfin, ce qui a changé aussi, c’est que, alors que vous pariiez sur un essoufflement de la mobilisation, celle-ci a tenu, s’est suffisamment renforcée pour être là, intacte trois ans plus tard, forte des 8000 signataires de notre pétition, pour avoir pu remporter cette victoire qui met en question votre décision. </strong><strong><img class="wp-image-27915 alignleft" src="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/Le-theatre-nest-pas-à-vendre.jpg" alt="le-theatre-nest-pas-a-vendre" width="407" height="306" /></strong></p> <p style="text-align: justify;">Vous devez comprendre aujourd’hui que cette décision n’est pas légitime. En demander à nouveau la validation, sans reprendre le débat, en vous entêtant à ne pas engager le dialogue est contraire à la décision de la cour d’appel et à ce qu’elle représente. <strong>C’est un renoncement à construire une démocratie vivante, une démocratie qui sait remettre en question un projet qui, à l’évidence,  ne convient pas. </strong></p> <p style="text-align: justify;">Votre projet coûte cher : voilà qui répond à ceux qui nous rétorquent que nous ne sommes pas raisonnables ; votre projet passe par la destruction d’un théâtre nécessaire à la ville : voilà qui répond à ceux qui disent qu’il était devenu inutile ; votre projet détruit le dernier témoignage des œuvres de Lardillier et donc une richesse patrimoniale dont Poitiers a besoin : voilà qui répond à ceux qui ne voyaient pas en 2013 son intérêt architectural.  Beaucoup, dans cette assemblée devraient revoir leur position d’alors et voter dans leur âme et conscience en fonction de ce qu’ils savent aujourd’hui et non plus seulement par discipline de groupe.</p> <p style="text-align: justify;">Cette assemblée, ce soir, d’ailleurs, n’est pas plus informée que ne le fut celle de 2013. Elle l’est moins puisque vous n’avez pas voulu lui poser la question sur le fond. <strong>Si vous n’acceptez pas de surseoir pour engager les démarches que nous vous demandons, pour attendre également que toutes les procédures soient achevées, ce qui serait plus que raisonnable, nous attaquerons à nouveau cette délibération. </strong>Et ce n’est pas de l’entêtement de notre part : notre combat est celui de la préservation d’un théâtre dont Poitiers a besoin, d’une œuvre nécessaire au patrimoine de la ville. L’entêtement est de votre côté : ça fait trois ans qu’un peu de cette culture  vivante dont nous avons tant besoin a trouvé porte close.  Nous irons jusqu’à l’ouverture de cette porte et jusqu’à la renaissance de cette scène.</p>