Délibération n°46 (2016-0431) : Plan d’actions de prévention de la radicalisation annexé au Contrat de ville

Cette délibération s’inscrit dans le cadre national de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes voulu par le gouvernement en avril 2014.

Nous voyons dans cette délibération deux aspects. D’une part le sens de ce qui est appelé prévention de la radicalisation et ensuite les actions envisagées pour lutter contre un glissement vers le terrorisme.

Nous sommes invités à faire l’amalgame entre radicalisation et terrorisme. Tout comme nous subissons la bataille sémantique de la vidéoprotection et de la vidéosurveillance.

La définition de Farhad Khosrokhavar qui sert de base à la circulaire est surprenante. Tout d’abord l’ordre des mots « idéologie extrémiste à contenu politique,  social,  ou  religieux  qui  conteste  l’ordre  établi  sur  le  plan  politique, social ou culturel ».

p_20161205_181555Si le problème est lié au terrorisme d’organisations islamistes, il est étonnant que le caractère religieux soit mentionné à la fin dans la liste et qu’en premier on trouve politique et social. Les derniers attentats ont été revendiqués par Daesh et des groupes religieux. L’époque des attentats politiques du type action directe, ou OAS est révolue.

Derrière cette phrase, on peut penser que la dérive possible de l’application de cette circulaire pourra être de lutter contre les extrémistes religieux, mais également de régler ses comptes avec des mouvements sociaux tout à fait légaux, légitimes et non violents qui s’en prennent à la politique du gouvernement, et que la lutte contre les attentats passe en second. La radicalisation peut porter sur des refus d’un système, sur l’opposition à un projet, à une loi. Les ZAD, les zones à défendre sont des exemples de luttes ou d’opposition que certains qualifient de radicalisation. Et de fait, la mort de Rémi Fraisse est là pour nous rappeler que la violence n’est pas que du côté des opposants à un projet.

Comme le dit le chanteur humoriste Didier Super, qui fut l’invité vedette des Expressifs 2015 dans sa chanson « J’en ai rien à foutre », au sujet de l’état d’urgence « quand c’est les djihadistes qui foutent le bordel à Paris, c’est les écologistes qui vont en taule ».

Il ne s’agit pas de procès d’intention. Rappelons-nous que les manifestations tout à fait pacifiques face à la COP 21 avaient été interdites au nom de l’état d’urgence. A Paris comme à Poitiers. La question de la ZAD, la CGT sommée de ne pas manifester par le premier ministre, les mouvements contre la loi travail. Tout cela peut être visé par cette circulaire et justifier par exemple les perquisitions de militants syndicaux, politiques « de gauche » ou écologistes qui ont le malheur ET de remettre en cause les politiques du gouvernement ET de s’opposer (depuis toujours) aux extrémismes religieux.

Donc sur ce terme de radicalisation, nous craignons que l’état ne s’abrite derrière ce terme pour combattre de la même façon avec des moyens validés toutes les actions qualifiées par amalgame de radicalisation.

Si nous devrions suspecter ou condamner pour extrémisme tous ceux qui « contestent l’ordre établi », cela ferait du monde. Quand les féministes ont demandé le droit à la contraception et l’avortement, c’était contester l’ordre établi qui à l’époque refusait cela, etc… . En fait c’est le rôle de n’importe quel parti politique, de gauche, de droite ou du centre, de contester l’ordre établi.

La circulaire devrait s’appeler « prévention ou lutte contre le terrorisme » et « non prévention de la radicalisation ».

Si l’on examine les actions qui sont proposées dans ce plan comme étant des actions visant à prévenir le terrorisme, nous sommes sceptiques.p_20161205_181054

Il est question dans les actions, de partage d’information. Ce partage d’information nécessaire des travailleurs sociaux peut conduire à remettre en cause le secret professionnel dont ils bénéficient aujourd’hui. La loi sur le renseignement ne les protège plus alors que les médecins et les journalistes ont conservé ce droit.

Les services sociaux sont amenés à s’interroger. Des signaux faibles qui apparaissaient comme le signe d’une vulnérabilité, pourraient être interprétés comme les prémisses d’une radicalisation. Il ne faut pas confondre un jeune en danger et un jeune dangereux.

Insidieusement notre société glisse vers le sécuritaire et je vous invite à lire le livre de Patrick Boucheron « Exercice de la peur », gouverner par les émotions.

Le diagnostic tel qu’il nous a été oralement et synthétiquement restitué nous donne à penser que des actions sont nécessaires mais les mesures les plus efficaces consisteraient à mettre le paquet sur les moyens humains comme des médiateurs, des éducateurs, des gardiens d’immeubles. Plutôt que de la vidéosurveillance : du dialogue, de l’écoute et surtout  mettre en œuvre une politique de solidarité et de sécurité sociale qui repose sur l’emploi, sur l’éducation, sur l’égalité de tous les citoyens, sur l’accueil des migrants, sur la proximité… .

Le travail doit être fait en amont, en prévention.

Or, ce n’est pas vraiment ce qui est proposé ici, nous voterons contre cette délibération.

 

Intervention de Christiane Fraysse sur le Plan de prévention de la radicalisation (5/12/2016)http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/conseil-municipal-du-5-décembre-2016.jpghttp://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/conseil-municipal-du-5-décembre-2016.jpg SecretariatOzons ActualitésConseil municipal
Délibération n°46 (2016-0431) : Plan d'actions de prévention de la radicalisation annexé au Contrat de ville Cette délibération s’inscrit dans le cadre national de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes voulu par le gouvernement en avril 2014. Nous voyons dans cette délibération deux aspects. D’une part le sens...
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/délibération-n°46.pdf">Délibération n°46 (2016-0431) : Plan d'actions de prévention de la radicalisation annexé au Contrat de ville</a></strong></p> <p style="text-align: justify;">Cette délibération s’inscrit dans le cadre national de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes voulu par le gouvernement en avril 2014.</p> <p style="text-align: justify;">Nous voyons dans cette délibération deux aspects. D’une part le sens de ce qui est appelé prévention de la radicalisation et ensuite les actions envisagées pour lutter contre un glissement vers le terrorisme.</p> <p style="text-align: justify;">Nous sommes invités à faire l’amalgame entre radicalisation et terrorisme. Tout comme nous subissons la bataille sémantique de la vidéoprotection et de la vidéosurveillance.</p> <p style="text-align: justify;">La définition de Farhad Khosrokhavar qui sert de base à la circulaire est surprenante. Tout d'abord l'ordre des mots "idéologie extrémiste à contenu politique,  social,  ou  religieux  qui  conteste  l’ordre  établi  sur  le  plan  politique, social ou culturel".</p> <p style="text-align: justify;"><img class="wp-image-27992 alignleft" src="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/P_20161205_181555.jpg" alt="p_20161205_181555" width="411" height="308" />Si le problème est lié au terrorisme d'organisations islamistes, il est étonnant que le caractère religieux soit mentionné à la fin dans la liste et qu'en premier on trouve politique et social. Les derniers attentats ont été revendiqués par Daesh et des groupes religieux. L'époque des attentats politiques du type action directe, ou OAS est révolue.</p> <p style="text-align: justify;">Derrière cette phrase, on peut penser que la dérive possible de l’application de cette circulaire pourra être de lutter contre les extrémistes religieux, mais également de régler ses comptes avec des mouvements sociaux tout à fait légaux, légitimes et non violents qui s'en prennent à la politique du gouvernement, et que la lutte contre les attentats passe en second. La radicalisation peut porter sur des refus d’un système, sur l’opposition à un projet, à une loi. Les ZAD, les zones à défendre sont des exemples de luttes ou d’opposition que certains qualifient de radicalisation. Et de fait, la mort de Rémi Fraisse est là pour nous rappeler que la violence n’est pas que du côté des opposants à un projet.</p> <p style="text-align: justify;">Comme le dit le chanteur humoriste Didier Super, qui fut l'invité vedette des Expressifs 2015 dans sa chanson « J'en ai rien à foutre », au sujet de l'état d'urgence « quand c'est les djihadistes qui foutent le bordel à Paris, c'est les écologistes qui vont en taule ».</p> <p style="text-align: justify;">Il ne s'agit pas de procès d'intention. Rappelons-nous que les manifestations tout à fait pacifiques face à la COP 21 avaient été interdites au nom de l'état d'urgence. A Paris comme à Poitiers. La question de la ZAD, la CGT sommée de ne pas manifester par le premier ministre, les mouvements contre la loi travail. Tout cela peut être visé par cette circulaire et justifier par exemple les perquisitions de militants syndicaux, politiques "de gauche" ou écologistes qui ont le malheur ET de remettre en cause les politiques du gouvernement ET de s'opposer (depuis toujours) aux extrémismes religieux.</p> <p style="text-align: justify;">Donc sur ce terme de radicalisation, nous craignons que l’état ne s’abrite derrière ce terme pour combattre de la même façon avec des moyens validés toutes les actions qualifiées par amalgame de radicalisation.</p> <p style="text-align: justify;">Si nous devrions suspecter ou condamner pour extrémisme tous ceux qui "contestent l'ordre établi", cela ferait du monde. Quand les féministes ont demandé le droit à la contraception et l'avortement, c'était contester l'ordre établi qui à l'époque refusait cela, etc... . En fait c'est le rôle de n'importe quel parti politique, de gauche, de droite ou du centre, de contester l'ordre établi.</p> <p style="text-align: justify;">La <a href="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/Délibération-n°76_Prévention-radicalisation_Note-dinstruction-premier-ministre-du-13-mai-2016_circulaire_40895.pdf">circulaire</a> devrait s'appeler "prévention ou lutte contre le terrorisme" et "non prévention de la radicalisation".</p> <p style="text-align: justify;">Si l’on examine les actions qui sont proposées dans ce plan comme étant des actions visant à prévenir le terrorisme, nous sommes sceptiques.<img class="wp-image-27979 alignright" src="http://osonspoitiers.fr/wp-content/uploads/2016/12/P_20161205_181054-1.jpg" alt="p_20161205_181054" width="406" height="305" /></p> <p style="text-align: justify;">Il est question dans les actions, de partage d’information. Ce partage d’information nécessaire des travailleurs sociaux peut conduire à remettre en cause le secret professionnel dont ils bénéficient aujourd’hui. La loi sur le renseignement ne les protège plus alors que les médecins et les journalistes ont conservé ce droit.</p> <p style="text-align: justify;">Les services sociaux sont amenés à s’interroger. Des signaux faibles qui apparaissaient comme le signe d’une vulnérabilité, pourraient être interprétés comme les prémisses d’une radicalisation. Il ne faut pas confondre un jeune en danger et un jeune dangereux.</p> <p style="text-align: justify;">Insidieusement notre société glisse vers le sécuritaire et je vous invite à lire le livre de Patrick Boucheron « Exercice de la peur », gouverner par les émotions.</p> <p style="text-align: justify;">Le diagnostic tel qu’il nous a été oralement et synthétiquement restitué nous donne à penser que des actions sont nécessaires mais les mesures les plus efficaces consisteraient à mettre le paquet sur les moyens humains comme des médiateurs, des éducateurs, des gardiens d’immeubles. Plutôt que de la vidéosurveillance : du dialogue, de l’écoute et surtout  mettre en œuvre une politique de solidarité et de sécurité sociale qui repose sur l’emploi, sur l’éducation, sur l’égalité de tous les citoyens, sur l’accueil des migrants, sur la proximité… .</p> <p style="text-align: justify;">Le travail doit être fait en amont, en prévention.</p> <p style="text-align: justify;">Or, ce n’est pas vraiment ce qui est proposé ici, nous voterons contre cette délibération.</p>